Tribune signée par Solidaires et Sud éducation…

mardi 24 avril 2018
par  SUD Education 63

Tribune signée par Solidaires et Sud éducation à retrouver ici.

Alors que la loi « Asile et Immigration » s’apprête à être votée à l’Assemblée Nationale, nous exprimons notre indignation devant un projet inutile et répressif. Si certains avaient pu croire à la bonne volonté de M. Macron pour l’élaboration d’une politique digne des aspirations de la France, qu’ils admirent désormais les dérapages successifs d’un gouvernement multiplement condamné par l’ONU, le Conseil d’Etat ou le Défenseur des Droits, et qui continue de nous faire croire que des criminels se cachent parmi toutes les personnes solidaires répondant humainement à la misère et à la détresse. Qu’ils admirent le Président qui déclare que certains citoyens font « le jeu des passeurs » et « que tout se passe dans l’humanité et le droit ». Quel droit ? Alors même qu’à Menton, les associations ont constaté que les autorités modifient les dates de naissance pour faciliter le renvoi des mineurs, alors même que durant notre visite sur place (1), nous avons vu des mineurs qui n’étaient pas pris en charge et dont aucun droit n’étaient respectés. Quelle humanité ? Alors même qu’à Briançon, on continue de menacer de poursuite des bénévoles qui empêchent des personnes de mourir en montagne. Quel droit ? Quelle humanité ? Et ce ne sont pas de maigres amendements sur une loi inique qui effaceront les violences policières à Calais ou ailleurs et le déni des autorités sur le sujet, qui effaceront les reculades juridiques successives comme la loi Warsmann ou la circulaire Collomb ou qui effaceront les traces que l’ensemble de ces mesures ne manqueront pas de laisser dans l’histoire lorsque les générations futures examineront si nous eûmes le courage de nous montrer dignes.

Une responsabilté pour l’avenir

Si les prochaines générations retracent l’ensemble des événements, elles verront peut-être avec horreur les camps de Libye où des femmes et des hommes sont violés à mort, torturés, vendus en esclaves et retenus par des pseudo garde-côtes que nous finançons nous-mêmes. Elles verront peut-être les blindés que la Turquie s’est offerts grâce aux financements des pays européens et qu’elle déploie maintenant pour empêcher les Syriens de fuir. Elles verront peut-être ces ONG criminalisées et seules en mer pour porter secours à des esquifs que les eaux engloutissent tous les jours. Elles verront peut-être avec sidération ces enfants de 14 ou 16 ans poursuivre leurs rêves jusqu’en France où ils seront matraqués, pourchassés et expulsés. Elles verront des hommes et des femmes criminalisés parce qu’ils avaient porté secours. Elles verront enfin que l’hospitalité et la raison ne furent que les mythes d’une époque insensée.

Le chemin que nous avons pris partout en Europe depuis des années est celui de la condamnation inéluctable de la mobilité. Mais comment croire que la répression et l’expulsion peuvent décourager des personnes que la mort n’a jamais cessé de poursuivre durant tout leur parcours ? M. Collomb doit comprendre que non, l’appel d’air n’existe pas -pas plus que le « risque migratoire ». Non, aucune région ne sera jamais submergée -les réfugiés ne constituent que 0,3% de la population mondiale. Non, ces personnes ne viennent pas majoritairement en Europe (seulement 0,1%)- elles sont surtout accueillies par les pays en développement. Non, elles ne fraudent pas les allocations. Non, opposer les populations en détresse d’ici ou d’ailleurs n’est pas décent. Oui, il est temps de lutter contre l’ensemble de ces mensonges, oui il est temps d’imposer un autre discours. Il est temps de dire que les rêves qui portent l’ensemble de ces hommes et de ces femmes sont une chance. Il est temps de dire que les valeurs qui ont animé ce pays sont universelles et que parmi les devoirs premiers d’un gouvernement il n’y a ni la répression, ni l’expulsion, mais bien l’inclusion et le respect des droits fondamentaux. Il est temps de défendre une politique d’accueil et une politique solidaire pour toutes et tous.

Il faut refuser la loi "Asile et immigration"

Devant notre devoir d’humanité, il faut donc de la bravoure politique pour nous montrer dignes. Dignes de celles et ceux qui répondent à la détresse par leur seule humanité et que l’Etat condamne ; dignes de l’ensemble de ces bénévoles qui se battent pour que le discernement l’emporte et que les droits fondamentaux retrouvent leurs lettres de noblesses ; dignes de ceux qui occupent certains lieux ou qui accueillent chez eux ; dignes de ceux qui sauvent encore en mer ; dignes enfin de toutes celles et tous ceux qui nous rappellent que nous ne vivons pas une crise migratoire, mais une crise des politiques d’accueil et de la solidarité.

Parce que nous refusons de vivre dans un monde où nous nous montrons manifestement incapables de sauver des femmes et des hommes, parce que nous pensons que toutes les populations en détresse en France ou ailleurs doivent avoir des droits et doivent avoir un toit, parce que nous refusons un Etat policier qui criminalise toutes les luttes et ne respecte pas les droits fondamentaux, nous en appelons à la prise de conscience de tous et de toutes. Nous devons refuser la loi « Asile et Immigration », nous devons créer une politique d’accueil, nous devons fonder un monde solidaire et inclusif pour toutes les populations. Nous devons tout changer parce qu’en faveur de la défense des droits et des valeurs qui sont les nôtres, notre responsabilité est bien l’espoir et la résistance.

Il faut abroger le délit de solidarité, abroger la circulaire Collomb, abroger la loi Warsmann, abroger le règlement Dublin, sortir les politiques migratoires des considérations sécuritaires, réformer l’aide au développement, activer une solidarité générale pour toutes les luttes sociales et les droits de toutes et tous. Nier la liberté de circulation à une partie seulement de la population mondiale n’est pas rationnel et construire la solidarité ne doit pas être un vain projet. Ce qui est vain et fou, c’est de continuer de croire qu’un monde divisé fera un monde meilleur. M. Collomb, M. Macron, s’il nous faut une réforme et une loi : c’est une réforme de l’Europe et une loi pour l’accueil.

(1) Cette tribune fait suite aux visites surprises co-organisées par l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), Me Mireille Damiano (avocate au barreau de Nice), Pierre-Alain Manonni (Citoyen poursuivi pour délit de solidarité) et Martine Landry (membre d’Amnesty International et de l’Anafé) avec Michèle Rivasi (Députée Européenne), Guillaume Gontard (Sénateur de l’Isère) et Myriam Laidouni-Denis (Conseillère Régionale AURA) à la Gare de Menton Garavan et à la Police aux Frontières de Menton Pont Saint Louis. Durant ces visites, de nombreuses irrégularités ont été constatées : des dates de naissance faussement transcrites afin de faciliter les renvois de mineurs, des privations de liberté toute la nuit sans tenir compte des déclarations ou de l’âge des personnes, qui étaient privées de médecin et de traducteur ; des refus d’entrée sur le territoire préremplies et précochées ont été retrouvées et une note placardée dans des locaux de police à la gare de Menton Garavan mentionnant : « si presse sur place, pas d’embarquement de mineurs dans les trains pour Vintimille (Italie) ». C’est face à toutes ces irrégularités et parce qu’il semble évident que l’Etat de droit n’est plus une priorité du gouvernement que nous écrivons cette tribune. Elle permettra peut-être de réveiller les consciences à l’heure où la loi Asile et Immigration, qui constitue un recul sans précédent en matière de droit d’asile et de droit des personnes étrangères, est en train d’être discutée à l’assemblée.


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