Réforme des lycées : mise en place des E3C, des perspectives catastrophiques pour les enseignants, les élèves et l’éducation

vendredi 22 novembre 2019
par  SUD Education 63

Dans le cadre du baccalauréat 2021, les épreuves d’examen doivent se succéder durant les deux années de Première et de Terminale, sous la forme d’épreuves communes de contrôle continu” (E3C). La première session doit se dérouler dès janvier 2020 et les modalités d’organisation en ont été publiées dans le Bulletin Officiel.

Ces modalités, cohérentes avec l’esprit de la réforme, font disparaître l’essentiel du cadrage national, laissant chaque établissement décliner localement un cadre minimum d’organisation. Il se confirme donc que la réforme démantèle l’unité de la formation et le caractère national du bac quoi qu’en dise la communication officielle.
Voici les points les plus saillants :

  • Plusieurs sujets d’examen seront disponibles, le ministère prétend qu’ils seront de niveau équivalent.
  • Les sujets sont choisis par chaque établissement, et donc connus par les professeurs des classes concernées.
    Jusqu’ici les professeurs préparaient leurs élèves à un sujet inconnu portant sur un programme global, ils pouvaient nouer une relation de confiance avec leurs élèves dans un objectif commun : être prêt le jour de l’examen sans biais et sans suspicion d’inégalité entre les candidats. On rappelle que les collègues qui ont été amenés à préparer des sujets de bac ancienne version signaient un contrat de confidentialité, s’engageant à ce que le sujet proposé soit original et ne soit pas divulgué à quiconque. Désormais, les pratiques pourront varier entre les professeurs, même au sein du même établissement : l’un fera comme s’il ne connaissait pas le sujet d’examen ; un autre fera travailler sa classe sur un avatar du sujet d’examen. On peut imaginer que les établissements, mis en concurrence, auront à cœur de préserver leur taux de réussite…
  • Dans certains établissements, on incite les équipes pédagogiques à choisir un même sujet pour toutes les classes, dans d’autres il peut y avoir un sujet par classe. Dans le premier cas, cela oblige les collègues à adopter une progression identique et restreint leur liberté pédagogique. Dans le deuxième cas, l’épreuve d’examen semble être un devoir surveillé comme un autre.
  • Il n’y a aucune obligation sur les modalités pratiques des épreuves. Les textes incitent à organiser les épreuves sur les heures habituelles de cours dans la matière concernée sans aménagement d’emploi du temps ni pour les élèves ni pour les professeurs : comment faire passer une épreuve de 2h dans un créneau de 1h55 ? Il n’est pas prévu de surveillants supplémentaires alors que les épreuves de bac se passaient toujours avec deux surveillants (ainsi que des suppléants) : le professeur pourra donc se retrouver seul à organiser l’installation des élèves, la distribution des sujets, des feuilles d’examen et de brouillon, etc. le tout pouvant être dans la salle habituelle de cours, qui dans certains cas peut être équipée de tables doubles.
    Les risques de fraude sont réels et le stress occasionné pour les professeurs (et les élèves) sera important.
  • Les élèves ne passeront pas forcément les épreuves le même jour, que ce soit d’un établissement à l’autre, ou d’une classe à l’autre ; ils pourraient donc, dans certains cas, connaître les sujets à l’avance.
  • Les copies des élèves seraient scannées. Les textes ne précisent pas vraiment qui se charge de cette tâche. Les professeurs risquent d’être sollicités pour cela. Les copies sont anonymées puis corrigées numériquement, avec toutes les dérives que cela engendre (surcroît de travail, surveillance), par des professeurs du même établissement en général. Les professeur-e-s vont donc être exposé-e-s aux pressions de la hiérarchie, des familles et des élèves.
  • Des commissions académiques d’harmonisation doivent se réunir et le cas échéant apporter des corrections pour équilibrer les résultats entre les établissements.
  • L’organisation des épreuves et les corrections se dérouleront parallèlement au travail habituel des professeurs qui est déjà conséquent cette année avec notamment les nouveaux programmes en Seconde et en Première. On ne sait pas encore si les corrections seront rémunérées, c’est peu probable, mais quand bien même ce serait le cas, il semble difficile d’accomplir toutes ces tâches sur la même période.
  • Les notes obtenues aux E3C ne peuvent pas être prises en compte dans les notes des bulletins trimestriels : les trimestres avec les sessions d’E3C risquent d’être démentiels en terme de nombre d’évaluations ! Les élèves passeront leur temps à être évalués et les profs passeront le leur à corriger. Quand vont-ils préparer des cours ? Quand et comment les élèves vont-ils apprendre ?

Chaque établissement met donc en place sa propre organisation à partir de ces consignes minimales, avec parfois des aménagements permettant de fluidifier la passation des épreuves (banalisation des cours, surveillance supplémentaire, etc.). Le bac devient clairement un examen local.
Dans la continuité de l’application de la réforme du collège où une large autonomie est accordée à chaque établissement, la réforme du lycée et notamment l’organisation des nouvelles épreuves de bac va provoquer une dévalorisation d’un examen qui était jusqu’ici national et reconnu comme tel. L’établissement de l’élève pourra devenir déterminant dans la valeur accordée à son examen. Cet aléatoire, implicitement connu de tous, fait de Parcoursup, le seul sésame pour accéder à des études supérieures. L’accès à celles-ci risque bien de devenir de plus en plus ouvertement sélectif.
Enfin, les professeurs vont subir une augmentation importante de leur temps de travail, et du stress occasionné par la passation des épreuves et les pressions autour des corrections.

SUD Éducation continue de revendiquer :

  • L’abrogation des réformes du lycée et du bac
  • Le maintien du cadre national du baccalauréat, qui doit rester le premier grade universitaire, le maintien d’un véritable anonymat lors des épreuves
  • Une réduction des effectifs par classe (maximum 25 élèves) et la mise en place d’un dédoublement systématique par un cadrage national
  • Le changement des EPLE en établissements polytechniques avec un enseignement qui garantisse à tou-te-s les élèves l’appropriation de tous les types de savoirs – qu’ils soient manuels, techniques, artistiques ou théoriques – reposant sur des pratiques pédagogiques coopératives et émancipatrices

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