Déclaration de SUD éducation au CDEN du 1 juillet 2013

mercredi 3 juillet 2013
par  SUD Education 63

On a entendu dire, à plusieurs reprises dans cette assemblée, que tout le monde ayant rejoint, à moment ou à un autre, les rangs des dénonciateurs de la semaine de 4 jours, il était étonnant, voir malvenu, que des oppositions à un « retour » à la semaine de 4,5 jours d’école se fassent entendre. Mais s’agit-il vraiment d’un retour à la situation d’avant 2007 ? Je vous propose un petit coup d’œil dans le rétroviseur à propos des réformes qui ont affecté les écoles ces dernières années.

Alors que affirmions que « l’Ecole n’est pas une entreprise » et que « l’éducation n’est pas une marchandise », dès 2005, la loi Fillon a commencé à imposer une gestion toujours plus libérale de l’école, avec l’affirmation de la logique des compétences permettant de fixer des objectifs chiffrés aux enseignants et de renvoyer à chaque enfant, à chaque jeune et à sa famille la responsabilité de son échec éventuel en individualisant les parcours scolaires.
En 2007, la semaine est passée à 4 jours d’école, en réduisant la durée hebdomadaire de classe. Ces heures libérées dans l’emploi du temps des enseignants ont fait apparaître l’aide personnalisée – au-delà de la journée scolaire – et les animations pédagogiques. Dans les années qui ont suivi, l’une a permis de réduire comme peau de chagrin le nombre d’enseignants spécialisés dans l’aide aux élèves en difficultés, les autres ont amené à la quasi-disparition de la formation continue des enseignants.
En même temps, des programmes très idéologiques ont coupé tous les liens avec les connaissances apportées par les recherches en sciences de l’éducation. L’enseignement de certaines disciplines a été vidé de sa substance, d’autres se sont alourdis de notions trop nombreuses et trop abstraites pour être abordées d’une manière satisfaisante, et encore d’autres ont fait leur apparition.
Le combat des plus riches contre l’idée de partage et de redistribution des richesses passe toujours également par la réduction des dépenses publiques. La droite au pouvoir a détruit en quelques années 80 000 postes de titulaires dans l’Education nationale.
Le droit de grève a été attaqué dès les premiers mois de la présidence Sarkozy : il faut déclarer son intention de faire grève au moins 48h avant de se mettre en grève, de nouveaux dispositifs imposent des délais rallongés pour qu’une organisation syndicale puisse appeler à la grève.
A cela, il faut ajouter le fichage informatique systématique de nos élèves, l’explosion du nombre de jours d’absence non remplacées, les méfaits de la masterisation associée aux réformes de l’université, des salaires en panne, une retraite qui s’éloigne, une journée de solidarité avec les personnes âgées qui n’a aucun sens, nos élèves enfants de familles sans-papiers qui vivent la peur au ventre, une tentative tardive de changer les modes d’évaluation des personnels avec des conséquences très nuisibles sur l’évolution de salaire pendant la carrière, une journée de carence en cas d’arrêt maladie… Sans compter toutes les petites vexations et dégradations de la vie quotidienne que les personnels de l’Education nationale partagent avec toutes et tous les autres salariés de ce pays (baisse des remboursements de frais de santé, hausse des prix du gaz, de l’électricité, recul des services publics, etc.)
Voici l’œuvre de la droite au pouvoir. Le passage à la semaine de 4 jours a été une mesure parmi bien d’autres. L’ensemble, cohérent, suivait le cap fixé notamment par le processus de Lisbonne : faire coller la formation initiale et continue au plus près des besoins de l’économie libérale, ne considérer l’éducation que sous le seul angle de la formation des ressources humaines et le savoir que comme un paramètre économique au service de la compétitivité des entreprises.

Que nous promet la nouvelle majorité au gouvernement pour le quinquennat Hollande ? Effectue-t-elle le retour à la situation ante Sarkozy ?

  • La réforme de l’évaluation des personnels de l’EN a été retirée.
  • La journée de carence pour les arrêts maladies est toujours effective, mais plus pour longtemps.
  • 60 000 postes devraient être créés dans l’éducation. Quand on cherche derrière les discours on découvre plutôt une promesse d’embauche de 60 000 personnes, dont la plupart remplaceront nos collègues prenant leur retraite. Pour le reste, toujours plus de précarité.
  • Des dispositifs pour avoir plus de maîtres que de classes et pour la scolarisation des moins de 3 ans. Mes camarades des autres syndicats ont déjà décrit les moyens pitoyables qui y sont consacrés (2,5 postes en tout pour le département).
  • La semaine d’école repasse à 4,5 jours, dès la prochaine rentrée pour un peu moins de 20% des communes françaises. Les autres attendront un an de plus.
  • Et les professeurs des écoles vont avoir une prime d’1,09 € par jour.

Ce que nous faisons en classe et comment nous le faisons semble moins important que les horaires de nos écoles. Le volume hebdomadaire est inchangé et, pour au moins encore un an, les programmes restent les mêmes. Rien en vue sur la lutte contre l’échec scolaire, l’éducation prioritaire.
La logique des compétences est-elle dénoncée ? Bien au contraire. Le LPC, simplifié pour l’instant, et le socle commun sont maintenus au centre du système.
La formation des enseignants s’inscrira dans le cadre de la masterisation et des réformes LRU et consorts qui trouvent leur prolongement dans la loi Fioraso.
Rien ne peut laisser espérer de la formation continue de qualité sur le temps de service.
Etc. Rien, rien, rien.

Il y a un an, nous réclamions unitairement un plan d’urgence. On nous a opposé la nécessité d’être patients. Aujourd’hui, on ne peut que constater que le changement de majorité a certes marqué une pause dans les suppressions de poste dans l’Education nationale, mais en dehors de ce point précis, il n’y a rien, ni dans l’Education nationale ni ailleurs, qui puisse laisser penser à un changement de cap idéologique. Nous le dénonçons. Et ce n’est pas ce formidable objet de diversion qu’est la mise en place d’une réforme des horaires d’école, qui a été agité toute cette année scolaire, qui au final ennuie et nuit à tout le monde, ce n’est pas ça qui nous empêche de voir que ce changement n’en est pas un et que tout continue comme avant.

En option
Et s’il en était encore besoin, il suffirait de porter attention à la façon dont notre hiérarchie et nos élus politiques s’adressent ou refusent de s’adresser à nous et à nos collègues qui protestent contre leurs conditions de travail qui se dégradent encore et toujours, pour être convaincus que nous ne sommes pas des partenaires sociaux, mais bel et bien des adversaires sociaux. Nous ne nous battons pas pour la même école, nous ne nous battons pas pour la même société.


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Déclaration au CDEN du 1 juillet 2013

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