Allongement du temps de travail

mardi 25 septembre 2007
par  SUD Education 63

Le 18 décembre, la quasi-totalité des syndicats enseignants présents dans le second degré a appelé à la grève contre le projet de réécriture du décret de 1950, lequel réglemente un certain nombre de décharges horaires pour les enseignants des collèges et lycées. Celle-ci a été un succès en terme de participation, alors même que le syndicat majoritaire, le Snes, a tardé à rejoindre l’appel à la grève souhaitée par plusieurs autres organisations, dont Sud éducation.

Cette hésitation, ainsi que l’accélération du calendrier décidée par le ministère, a conduit à une grève préparée dans la précipitation. Elle a néanmoins été bien suivie car les enjeux ont été immédiatement compris au-delà de ce qu’ont pu écrire les directions syndicales.

Chacun les mesure facilement, à l’aune des dégradations quotidiennes des conditions de travail et de la surcharge qu’elles entraînent.

Comme il fallait s’y attendre, la grève de 24H n’aura pas eu raison de l’autoritarisme du ministre de l’Education Nationale qui maintient son projet de réécriture du décret de 1950.

Le taux de grévistes assez élevé dans de nombreux établissements du second degré montre cependant l’inquiétude de nombreux collègues face aux décisions ministérielles qui vont produire un allongement du temps de travail. Quand on supprime certaines décharges horaires contenues dans le décret de 1950 c’est bien l’allongement du temps de service et donc du temps de travail qui est en jeu. Quand on prévoit de multiplier les affectations sur trois établissements, c’est aussi le temps de travail qui est en cause. Il en va de même lorsqu’on demande à un enseignant de collège ou de lycée de faire classe dans une discipline qui n’est pas « la sienne ». Même chose quand le même ministre demandait à la rentrée 2005, au nom de la même loi Fillon, qu’un professeur absent puisse être remplacé par n’importe lequel de ses collègues présents dans l’établissement. Il est bien évident, même si De Robien feint de l’ignorer, que l’augmentation de la charge de travail des enseignants ne peut qu’engendrer une dégradation des conditions d’étude des élèves.

Quant à la qualité de l’enseignement, il semble bien que ce ne soit plus le souci de ceux qui nous gouvernent, l’essentiel étant que les élèves soient en classe avec un adulte en face…le reste n’étant que littérature…très ancienne. Pour les élèves des collèges, la loi Fillon a même prévu une note de vie scolaire pour les aider à bien se tenir quelle que soit la situation pédagogique qui leur sera faite…Garder, contrôler et surveiller les élèves, tout cela relève davantage d’une mauvaise prévention de la délinquance que d’une réelle politique éducative.

Par le biais de la réécriture du décret, le ministère espère récupérer 3000 équivalents temps plein. Si nous le laissons faire, Robien dira même qu’il a créé 3000 postes alors qu’il casse les statuts et accroît la flexibilité pour tenter de masquer l’austérité budgétaire appliquée à tous les étages de l’Ecole Publique.

L’accroissement de la charge de travail touche toutes les catégories de salariés de l’Education Nationale.

Les nouvelles fermetures de postes prévues pour la rentrée 2007, dans le premier comme dans le second degré et l’ensemble des services, participent de cette logique. Il est moins facile d’augmenter notablement le nombre d’élèves par classe dans le premier degré [1] car, contrairement aux classes de collèges et surtout de lycées, la réalité numérique, et ce qu’elle engendre, serait plus immédiatement visible par les parents d’élèves qui viennent régulièrement dans les classes ou à la sortie des écoles. Le ministère opère donc de manière plus insidieuse, en multipliant les tâches demandées aux directrices et directeurs d’école, en avançant l’idée d’une direction d’école sur le modèle hiérarchique du second degré, en réduisant l’accès à la formation continue, en multipliant les injonctions hiérarchiques au nom d’une culture de l’évaluation induite par les nouveaux modes de financement (LOLF) ou encore en appliquant une loi sur le handicap sans préparation, dans le plus grand désordre et sans moyens statutaires supplémentaires.

En ce sens, la volonté de Robien de modifier le Décret de 1950 doit être vue comme un élément visible d’une offensive plus vaste visant à « utiliser » davantage les enseignants (et peut être pas seulement dans cette fonction), voire l’ensemble des personnels, dans l’enceinte des établissements scolaires. Ce choix budgétaire correspond à la volonté de limiter les recrutements dans une période où les départs en retraite vont augmenter. Il est donc de bon ton de prétendre que les enseignants travaillent peu [2], qu’ils devraient rester plus longtemps présents dans leur établissement, et que, d’ailleurs, ils le souhaitent (c’est le ministre qui le dit), ce qui est un mensonge éhonté. Sur ce terrain, les principaux candidats à la présidentielle rivalisent, même quand ils saluent « le formidable travail etc…etc… ».

L’idée, selon laquelle il faut travailler plus longtemps est une rengaine de l’idéologie libérale et on la retrouve dans les déclarations de tous les libéraux européens, de droite comme de gauche. Elle est étroitement liée à l’austérité salariale et plus largement à la baisse du « coût » du travail, et la recette de Sarkozy, celle du « plus de salaire pour ceux qui acceptent de travailler davantage », veut renforcer l’idée que beaucoup ne travaillent pas assez. Elle prend exemple sur le libéralisme en Angleterre ou en Allemagne, et il faut l’associer au nouveau discours qui se dessine sur les retraites : la loi Fillon de 2003 sur les retraites est insuffisante et « ailleurs en Europe les salariés l’ont bien compris », la « renégociation » prévue en 2008 sur les retraites doit être la suite de 200 ou plutôt « la véritable réforme »…

Face à tout cela, nous avons à construire des luttes qui puissent être victorieuses ; il y faudra de l’audace, de la détermination, et beaucoup d’indépendance syndicale.

Le bureau de SUD éducation 63
Edito du n° 145 d’Azimuts - Janvier 2007


[1Il faut quand même aujourd’hui plus de 30 élèves de moyenne par classe en maternelle pour que l’administration envisage une ouverture de classe supplémentaire

[2La dernière étude du Ministère de l’Education Nationale concernant le temps de travail des enseignants du second degré établit la moyenne à 39H 47 de travail par semaine (note d’information 43 octobre 2002 www.education.fr). Aucune étude sur le temps de travail dans le premier degré n’a été publiée au cours des 15 dernières années par le Ministère de l’Education Nationale


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