« L’invasion », un fantasme infondé

lundi 6 novembre 2006
par  SUD Education 63

Actuellement, environ 3% de la population mondiale, soit près de 200 millions de personnes, se trouvent hors de leur pays de naissance. Il s’agit dans leur immense majorité de migrations sud/sud. Ainsi, 55% des personnes en situation d’immigration ont quitté un pays pauvre pour un autre pays du sud un peu moins pauvre. Ceci explique pourquoi l’on compte 30% d’étrangers en Côte d’Ivoire, 3 millions de réfugiés en Iran ou encore 2 millions au Pakistan.

Le concept d’invasion/appel d’air repose sur la fausse analyse selon laquelle la misère économique serait la principale cause des migrations. Il n’en est rien car les causes des migrations sont infiniment plus complexes. Parmi les habitants d’une même région, d’un même pays ou d’une même province, ce ne sont pas les plus pauvres qui partent. L’essentiel des migrations « de masse » résulte de situations de guerre - reconnues ou non - de conflits et d’effondrements politiques qui restent confinées, à quelque 90%, dans les pays du sud.

Dans certaines régions prédominaient, au siècle dernier, des « circuits » d’émigration en direction notamment de France, dont le point de départ se trouvait par exemple au Mali, dans la région de Kayes (bassin du fleuve Sénégal), ou en Chine, dans le district de Wenzhou (province de Zhejiang) à la fois plus développé économiquement que les régions limitrophes et l’un des premiers à avoir été ouvert aux investissements étrangers.

Ceci est à rapprocher de migrations européennes qui virent de nombreux natifs de la commune française de Gourin (Morbihan) essaimer avant 1914 vers le Canada et les Etats-Unis, ou encore de Barcelonnette émigrer en nombre vers le Mexique. De nombreux européens ont également émigré, aux 19ème et 20ème siècle, vers le Nouveau Monde aussi bien que vers l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Avant la « fermeture » des frontières françaises de 1974, loin de toute invasion ou « déferlement », les « sergents recruteurs » des grandes entreprises automobiles, sidérurgiques ou minières durent se rendre dans les pays d’origine pour « racoler » des travailleurs sur place. La famine de 1971 au Sahel n’a déclenché aucun déferlement de populations réfugiées. L’entrée du Portugal et de la Grèce dans l’Union Européenne ne donna lieu à nul mouvement migratoire massif en Europe, et les émigrés de ces nationalités retournèrent nombreux dans leur pays d’origine. Un certain nombre d’exemples historiques démontrent la capacité d’absorption et d’installation de nombreux pays face au mouvement migratoire d’un groupe important de population « revenu au pays », même lorsque les conditions matérielles de l’accueil ne sont pas toujours au rendez-vous : ainsi en a-t-il été du retour des 1,2 millions de « pieds-noirs » en France en 1962 ou de l’émigration russe en Israël après le chute du mur de Berlin en 1989.

Le nombre cumulatif des Sans Papiers actuellement présents en France se situerait, selon différentes évaluations, entre 300.000 et 500.000. L’OCDE, de son côté, évalue à quelque 500.000 le nombre annuel des entrées sur le territoire de l’UE. De tels chiffres mettent en lumière une double évidence. D’une part, la fermeture des frontières est illusoire et n’arrête pas l’entrée de celles et ceux qui sont déterminés - sur la base de décisions individuelles, ou collectives - à « tenter leur chance. »

D’autre part, le fantasme de l’invasion est très loin d’être justifié. L’Italie semble en apporter la démonstration : alors qu’en 2003 ce pays a régularisé environ 634.000 immigrés sans papiers, les arrivées irrégulières ont baissé d’elles-mêmes de 40% en 1 an (de 23.719 en 2002 à 14.331 en 2003 (Le Monde, 03-02-2004).

Si la réalité est loin de correspondre aux fantasmes de « l’invasion », les gouvernements font alors le choix de recourir à la stigmatisation pour entretenir un climat permanent de peur à l’égard des migrants (immigrés = insécurité).

Mais, si l’on souhaite évoquer l’insécurité globale pesant sur nos sociétés, il faut alors en considérer toutes les véritables causes, en particulier celles liées à la dégradation grave de l’environnement, de l’économie et du travail, de la solidarité nationale ou de la santé.

Commission fédérale Immigration/Sans-Papiers
Journal fédéral SUD éducation – Janvier 2007


Agenda

<<

2017

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois